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 Voler pour voler

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Danielane Carlia
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MessageSujet: Voler pour voler   Jeu 28 Sep - 1:14

Petit échauffement





"...trente-cinq, trente-six, trente-sept..."

Écorce sèche irritant la peau rougie de doigts contractés. Membres criant, faisant comprendre leur douleur. Soleil brûlant, et surtout, une épaule droite à l'agonie.

"...trente-neuf, quarante..."

Mais j'en ai pas grand chose à foutre. Marre d'attendre, de rester passive... Combien de temps? Neuf mois? Neuf mois que je suis arrivée ici, et qu'est-ce que j'ai foutu? Une expédition à Nadiria, ouaw, j'ai eu l'occasion de me casser la gueule encore plus et de pas arranger mon cas. J'étais déjà bien éclopée à l'arrivée ; apparemment, se battre pour sa liberté, et refuser d'être soumise et enfermée comme une chienne dans les mines de son propre monde à creuser toute sa vie, c'est un ticket allez-simple pour la place publique et une bonne séance de tabassage à mort - presque. J'y ai échappé que par cette putain de téléportation-je-ne-sais-quoi... C'est de la triche, on m'a fait tricher de force, putain. Et ça me LES BRISE. Ok je suis en vie c'est cool et tout, mais pas grâce à moi, et ça putain ça me frustre. Si encore je pouvais rendre la pareille pour me faire valoir... Mais non. Et je refuse d'être connue comme celle qui s'en sort uniquement si un soit-disant dieu se montre charitable.

Et après, j'ai attendu. Attendu que mes multiples fractures guérissent, que mon corps soit de nouveau capable de montrer ce qu'il a dans les tripes. Tout ce temps perdu, à poireauter comme une conne, et cette putain d'épaule qui veut pas comprendre. Ah elle fonctionne hein, mais chaque effort dessus me fait douiller bien sévèrement, et les claquements de l'articulation s'entendent à l'oreille. Une chose, je demande juste qu'une seule chose se passe correctement pour une fois. Casse les...

"...quarante-cinq, aah, quarante-hmmmm-six..."


Tant pis. Si ça continue comme ça je pourrai attendre autant que je voudrai sans rien de nouveau, alors on serre les dents, on tire son cul, et on arrête de se ramollir en position larvaire! Maintenant c'est marche ou crève, marche, court et vole, et cesse de te faire enfoncer par une saloperie d'univers qui n'en aura pas grand chose à foutre de tes petits sentiments... Alors tire pour ne plus être une putain de faible!

"...cinquante!"





Ma voix sonne rauque. Mes doigts se desserrent douloureusement pour me laissent tomber lourdement sur les pieds entre les racines de l'arbre, et je regarde mes paumes, nerveusement: elles sont de plus en plus cloquées. Bah, tant mieux après tout, elle deviendront plus résistantes. Et il doit me rester encore un peu de temps avant d'aller au casse-pipe.
Ah, soupir...
Je prends une profonde et lente respiration. Puis mes bras retombent, ballants le long du corps, me laissant découverte face au soleil de fin d'après-midi qui irradie mon visage d'une intense lumière chaude alors que le vent souffle dans mon dos ; et je me tiens là, debout, immobile, le regard au loin, la sueur s'évaporant de ma peau rougie, ou courant le long de mes membres avant de couler goutte à goutte sur la terre sèche de l'ouest giallois.
Sans détourner le regard, je lève les bras pour joindre mes mains au-dessus de la tête.

Et me laisser tomber en arrière.

La chute tête la première le long de la paroi rocheuse dure une seconde.


Et je percute l'eau froide et le choc thermique est comme un immense coup de masse à l'intérieur de mon crâne ; sillons glacés glissant sur la peau et s'emparant des jambes, cent millions de petites dents de givre mordant le cou, mordant les hanches, mordant la chair, telles une averse battante et cinglante éteignant le brasier des membres chauffés à blanc et s'infiltrant dans les pores et les veines pour que le corps se fonde en elle et que je ne fasse qu'une avec les profondeurs froides. La rivière semble comme gronder doucement au début, écho des éclaboussures et remous de mon plongeon, mais petit à petit, cet écho persiste, puis mue, prend forme et mélodie, comme... une vibration, sonore, omniprésente, qui résonne dans les os, résonne dans le visage, nuée de fils tendus entre des points inexistants, passant par mon crâne, mes entrailles, par touts les moindre petits recoins de mon corps. Bras écartés, épaules ouvertes, et cheveux flottant comme une nébuleuse brune...
Mon sourire laisse s'échapper des bulles d'air sous l'eau bleue dans ce bref moment de suspension.





Enfin, c'est pas tout ça mais j'ai besoin de respirer pour vivre aussi. On donne un coup de hanches pour se tourner vers le fond, appui sur la roche pour se retourner et hop! on se propulse vers le haut ; le bruit du vent extérieur brise cette petite bulle mentale alors que ma tête perce la surface.

"HOAAAAA-aaaah..."

Ah mes poumons revivent putain.

"Aah... Aah..."

Je retire mes cheveux mouillés de mes lèvres et les écarte de mes yeux, et me mets en position de planche, les bras écartés, le regard vers le haut.

Le bleu du ciel se dessine entre les parois serrées de ce petit canyon d'une dizaine de mètres de profondeur. Des nuages commençant à roser glissent vers l'ouest - le monde semble tourner. Je concentre mon regard sur cette voute lumineuse ; les parois de la crevasse, que le soleil n'atteint pas... m'angoissent. Ridicule, hein? La fille capable de provoquer un tigre des sables juste pour le défi, de faire toutes sortes d'acrobaties improbables qui feraient pisser de peur le commun des mortels, hey bah cette fille même, depuis qu'elle a découvert le ciel, et qu'elle a été témoin du soleil et des étoiles... la simple idée d'en être séparée la rend pathologiquement malade. Ma cervelle bloque comme une attardée, voire panique quand elle a un toit et des murs. Avoir peut d'un toit, putain je suis sérieuse... Casse les couilles. Tout est enrayé.

Soupir.

Allez ma grande, on est pas ici pour paresser, beaucoup de boulot t'attend ce soir. Je nage vers un rocher près de la paroi ouest ; j'ai pas trop dérivé, nickel, la rivière est étroite mais profonde et lente. Posée, on se cale, et je me déshabille pour mieux laver mes vêtements. Le léger vent qui parvient à aérer ici-bas fait courir un frisson glacé le long de mon dos mouillé jusqu'à la nuque, me faisant serrer les dents une seconde. Le froid commence à taper, mais pas un froid mordant et énergique ; un froid plus faible, mais plus long et passif, plus désagréable, plus pute.
Après les avoir suffisamment frotté, je pose mes habits sur la paroi pour laisser à sécher ; ça restera bien caché ici le temps que je fasse ce que j'ai à faire. Ma tenue opérationnelle, je l'ai laissée à côté de l'arbre, en haut du canyon, la plus optimale en ma possession pour les situations dangereuses. Car ce soir, je pars en guerre, ce soir, j'accomplis ma première victoire pour m'élever vers les cieux à la force de mes bras.

Je pose un pied et mes deux main dans des aspérités de la paroi.

Et tire pour ne plus être une putain de faible.

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Danielane Carlia
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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Mar 24 Oct - 12:57


Le train sans rails




Le bruit de moteurs s’entend à des centaines de mètres, un puissant grondement recouvrant les mélodies nocturnes des terres de sable. Les phares sont si puissants qu’ils éclairent presque jusqu’à moi, d’immenses torches de lumière inondant les alentours. Y’en a qui n’ont vraiment pas peur d’être vus ! Là où d’autres se la joueraient discrétion, eux, ils font le gros dos et provoquent  un tintamarre à s’en donner l’air terriblement imposants et dangereux malgré leurs effectifs réduits. Et ça marche, paraitrait-il que les convois de marchandises Rossois sont les plus sûrs et pourtant les plus faciles à prédire. D’ailleurs, les Giallois qui m’ont informé n’avaient pas l’air de les voir d’un bon œil, des histoires de bruits brutaux et disharmonieux, pollution en prime… Perso j’les aime bien d’avance. Dommage que je doive quelque peu leur mettre des bâtons dans les roues, mais hey, ils ont quelque chose que je veux, donc c’est pas négociable.

Mes yeux s’habituent à la lumière aveuglante des phares et je peux les observer plus clairement à travers les lunettes de ma paire de jumelles. Il y a bien une dizaine de véhicules, des voitures et des motos, tous différents, sans norme particulière. Ils encadrent tous le principal véhicule, et celui-ci, fatche, c’est de loin le plus massif que je n’aie jamais vu, ce qui s’appellerait apparemment un « train ». Un long serpent composé de plusieurs wagons amovibles, le tout roulant sur d’énormes roues tout-terrain avec des suspensions de la taille d’un homme debout. Les wagons sont simplement de grosses caisses ouvertes, seulement recouvertes de bâches en tissus épais et imperméable, et je sais ce qu’ils transportent : des minéraux à la tonne. Tout ce qu’on peut imaginer, du fer, du cuivre, du zinc, de l’étain, du graphite, du nickel, même du téflon, pur ou raffiné, forgé ou en pépites, tout ce dont la poiscaille peut avoir besoin pour leurs grands projets de construction urbaine à Aurora.
Mais qu’est-ce que je m’en branle de tout ça.

Moi ce que je veux, c’est ça là-haut !

Le point lumineux qui traverse le ciel devant les étoiles. L’avion ! L’avion de reconnaissance des forces de sécurité du convoi.  Ça c’est la vie. Les minéraux, c’est pas comme si je pouvais en transporter beaucoup dans mes petites poches de toute façon, mais un avion… La capacité de voler, d’aller encore plus loin que la surface de la terre, d’aller au-dessus… Bon il faudrait aussi que je choppe les pierres d’énergie qui permettent de le faire tourner, d’autant qu’elles sont rares, c’est Rosso qui en a le plus et ils en ont tellement besoin qu’ils n’en vendent presque jamais et les gardent pour eux la plupart du temps, ils préfèrent vendre leur charbon en priorité niveau énergie. Ils en ont, de ces pierres, sur le petit wagon-porte-avion du train, et ce sera justement quand le pilote aura besoin de recharge et devra se poser, que l’occasion se présentera pour moi de lui briser la bouche et filer ni vue ni connue… Enfin, pas connue seulement.





Ca y est ils arrivent… La zone est très rocailleuse et ils seront obligés de passer sous l’arbre dans lequel je suis planquée, ce dont je peux être sûre grâce aux traces encore visibles du passage habituel des véhicules dans la zone. Cet arbre qui m’aura valu de chopper le convoi aussi près de son point d’arrivée, car j’en ai besoin pour m’infiltrer, mais forcément, y’en a pas masse masse au milieu de Giallo, et avant Giallo, les trajets sont beaucoup plus aléatoires selon les conditions. C’est dont ici, à la frontière de Blu, que se trouve ma chance.
Je sens la branche vibrer sous le grondement des roues, putain j’ai limite peur que ça se rompe sous moi. Mais le train arrive, plus qu’une centaine de mètres…
Approche…
Approche…
Voilà, presque…
Je me fais noyer dans la fumée de charbon de la locomotive. Forcément fallait que celui-là soit propulsé au charbon hein ? Putain je le savais mais je m’attendais pas à ce que ça m’aveugle autant ! Tant pis, je n’ai qu’une poignée de secondes, maintenant faut sauter. Je me laisse tomber dessous et percute ma cible après une courte chute et agrippe tout ce qui peut me passer sous la main, là parfait ! Un pli de bâche me permet de me stabiliser.

Restant plaquée contre les wagon, j’essuie un peu le contour de mes yeux avant de les rouvrir et relever la tête pour observer où j’en suis. Ça va, personne ne m’a vue, les véhicules d’escorte continuent leur chemin normalement. Un, deux, trois, quatre, quatre wagons me séparent de la plateforme pour l’avion éclaireur qui se trouve tout à la fin de la file. J’ai un bon début déjà, mais le boulot est loin d’être fini, il vient seulement de commencer ! Alors c’est parti, et on rampe sur la bâche. Au moins je n’ai pas besoin de m’inquiéter du bruit que je fais, c’est déjà ça…

La progression est longue et lente, ramper sur les wagons ne pose pas de problème, mais je me retrouve exposée quand je dois passer de l’un à l’autre. D’autant que les bâches sont tendues à la va-vite et qu’il y a beaucoup de creux dans les tas de marchandises. Mais petit à petit on y arrive, et je me retrouve sur le toit du dernier wagon, d’où je peux observer et chercher les pierres énergétiques.
Hey bah …
Hey bah c’était pas compliqué putain. Ils s’en battent vraiment les couilles en fait, elles sont simplement posées en vrac sur une caisse en fer sur le bord de la plateforme d’atterrissage, sans rebord ni attache. Sous les chocs de la route elles roulent, sautent, passent d’un bord à l’autre de la caisse, mais ne tombent jamais… S’arrêtant toujours comme par miracle à la limite du bord. J’ai presque envie d’applaudir.

Je regarde des deux côtés s’il n’y a pas de véhicules à mon niveau avant de traverser, pour passer sur la plateforme sans être repérée. Je me faufile, accroupie pour plus de stabilité, arrive au niveau de la caisse, tends la main et…
En touche une autre.
Une autre personne, toute emmitouflée d’une tenue sonbre ne laissant voir que ses doigts et ses yeux verts, venait de sortir de sous le wagon, se tenant sur le bord au-dessus du vide dans une position défiant la gravité, et tendait sa main pour voler les pierres elle-aussi.
Je l’ai regardée.
Elle m’a regardé.
On s’est regardés.
Elle a fait une pirouette acrobatique pour me caler son pied dans la gueule pendant que je balançais en marron dans la sienne.

Où que j’aille, faut que ça parte en couilles…

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Danielane Carlia
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MessageSujet: Combat furtif   Mar 24 Oct - 20:35

Combat furtif




Le coup est parti, le pétard silencieux a sauté. Le talon de l’inconnu percute ma joue une seconde après que mes phalanges se soient enfoncées dans la sienne, et nous tombons tous les deux à plat sur la plateforme. Je me relève aussitôt, toujours accroupie, pour attraper des pierres le plus vite possible, car si je ne le fais pas, lui il le fera et se taillera loin d'ici avec une autre galipette à la con. J’en prends deux en une poignée et les fourre dans la poche arrière de mon pantalon treillis, mon adversaire intervient immédiatement en tirant la caisse vers lui d’un coup sec, faisant tomber une pierre de mon côté qui roule vers le bord du train, je me jette à plat ventre pour la récupérer et… ouah, tout juste, je l’ai attrapée pendant sa chute et me retrouve maintenant avec tout le buste penché au-dessus du vide. Merde, je suis vachement visible comme ça pour les véhicules d’escorte, faut que je me recache derrière le wagon de devant.
Mais ouah ! Même pas besoin, le type m’a tirée d’un coup sec vers lui en manquant de me fracasser le menton contre le rebord.

« Nous fait pas repérer idiote! qu'il me lance d'une voie à mi-chemin entre le murmure et le chuchotement.
-Alors fais pas tomber des pierres comme un boulet !  je lui réponds en enlaçant ses jambes entre les miennes avant de pivoter brusquement pour le faire tomber. »

Une pierre roule alors de sa manche gauche et je la récupère aussitôt pour la foutre dans mon haut. Il se jette alors sur moi, mais je le repousse d’un coup de genou et il part en roulade avant de se remettre accroupi en me regardant. Il me montre sa main gauche, les doigts tendus, entre lesquels se trouvent deux pierres, puis effectue un mouvement rapide et fluide des doigts et les pierres ont presque l’air de disparaître. Ho le… Je tâte ma poche arrière… Disparues ! Putain le con il va morfler.  

Je me relève pour me jeter sur lui, et… il fait un petit saut en arrière pour se laisser tomber entre les deux wagons. Putain il n’a pas… Je regarde derrière le train et non, ça va, il s’est pas cassé. Il est toujours là, sous la plateforme, il a seulement décidé de m’attirer dans une position périlleuse après m’avoir provoquée, et putain ça marche presque, d’autant qu’il y a une dizaine de pierres au total et que je n’en ai que deux maintenant… Seul problème, ma phobie d’être coupé du ciel. J’attends quelques secondes, sur le qui-vive, tendue autant que peut l’être comme un véritable ressort. Il ne montera pas… Je me bas mieux que lui, mais il est plus agile que moi, le dessus du véhicule est mon domaine, et le dessous le sien…


Putain un véhicule d’escorte sur la gauche ralentit et arrive à notre niveau. Et merde faut que je me planque… Pas le temps de me jeter derrière la caisse, elle est trop loin en arrière. Alors je fonce devant, saute et suis mon adversaire dans son antre, agrippant le rebord du wagon pour me suspendre au-dessus du vide.  Il n’y aura pas eu une demi-seconde à attendre : une main file aussitôt vers mon pull pour attraper les deux autres pierres que j’ai rangées dedans, et ayant les bras occupés, je penche alors brusquement ma tête en avant pour la mordre. Le type retire alors son bras vivement, et alors que la moto du mercenaire d’escorte est maintenant bien reculée et que ses phares nous éclairent –encore heureux que ses yeux ne puissent pas nous voir d’où on est – je peux observer le voleur légèrement plus clairement. En fait il n’était pas encapuchonné, juste noir et chauve – enfin chauve, les cheveux coupés très court plus précisément. Une carrure musclée mais élancée et féline, et les yeux verts que j’avais bien vus eux au moins.


Et on se regarde ainsi dans le blanc des yeux, comme par un accord tacite : tant que la moto est toujours à côté, on ne cause pas d’agitation, et on reste aussi discrets que possibles. J’en profite pour agripper une barre de fer de mes jambes afin de me stabiliser comme un paresseux sur un arbre et soulager mes bras. Les minutes passent, presque gênantes, en se scrutant tels deux bêtes en cage. Puis la moto accélère, passe loin devant et la fête peut reprendre.


Le type se déplace agile comme une araignée vers moi, mais je lâche ma prise de mes main et me retrouve tête à l’envers avec les bras libres tenus en position défensive… Avant de me pencher en arrière pour attraper le rebord du wagon et faire demi-tour vers la surface. J’ai fait mine de me mettre en position défensive pour le pousser à être plus offensif, et honnêtement c’était juste une idée à la con comme ça, je savais pas du tout si ça marcherait. Mais hey, ça a été le cas ! Il s’est jeté en avant au moment où je l’avais esquivé, et il est maintenant à portée de main, alors que j’ai réussi à remonter, et me retrouve le buste penché entre les deux wagons.

Aussitôt je l’attrape par les poignets et le tire pour le déloger, et bingo ! Il se retrouve uniquement suspendu à moi, entre les wagons, sans être libre de ses main. Mais il prend appui du pied sur une barre de fer, saute dans ma direction au lieu de tenter de résister et en profite pour m’envoyer le genou dans le menton. Putain de… Je lâche prise, sonnée quelques secondes, et… Il a disparu ? Putain je regarde tout autour de moi et impossible de le voir. Pourtant il veut mes deux pierres restantes… Ho mais, non non non… Je tâte mon torse pour vérifier… Ca va, il n’a pas pu les prendre cette fois-ci, elles sont toujours là.


Je sens alors qu’on ralentit. Je me penche légèrement sur le côté pour regarder en avant : on arrive sur la côté, et avance tout droit vers un grand mur de fer surmonté de barbelés. Un grand portail s’ouvre, sous le regard vigilant de soldats armés de fusils. Et merde…
Pas le temps de chercher l’autre. Je saute sur le wagon de devant, escalade la paroi en trois secondes, et me glisse sous la bâche.

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Danielane Carlia
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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Mer 25 Oct - 11:07

Léger imprévu


L’intérieur du wagon n’offre pas beaucoup d’espace, mais il y a quelques creux entre les caisses, et je peux m’y tenir debout.


Putain je suffoque faut que je sorte d’ici.
Je regrimpe entre les caisses pour atteindre la surface et écarter légèrement la bâche. Le ciel ! Ah, cette chiennerie de ciel, comme une bouffée d’air après une apnée. Il commence à s’éclaircir de ses couleurs de l’aube, on ne voit déjà plus la moitié des étoiles mais l’obscurité reste très opaque. L’odeur portée par le vent, l’odeur froide de la mer, arrive à mon nez… J’aime bien ce parfum.

On passe sous le grand portail métallique. Je peux voir de plus près les gardes du coin : des soldats en uniforme gris, bleu marine et blanc, équipés de fusils qui ont pas l’air de déconner. Putain qu’est-ce qu’on fait avec l’armée bluienne ? Ils s’occupent eux-mêmes de réceptionner la marchandise ? Mais putain j’ai pas été prévenue de ça ! Merde merde merde, et ces murs renforcés qui laissent pas masse d’échappatoires.

De toute façon, voilà justement mon échappatoire qui revient : l’avion de reconnaissance s’approche pour se poser. Pas un gros avion de chasse, ça non ; il s’agit plutôt d’une moto volante à hélices que l’on chevauche à califourchon, avec pour seule sécurité une sangle retenant le pilote bien en place. Depuis ma cachette je peux le voir descendre vers la plateforme tout en ralentissant, avant de léviter à deux mètres au-dessus de son point d’atterrissage hélices éteintes, laissant seulement un peu d’inertie pour rester à la même vitesse que le train. Puis il se met à descendre tout bêtement à la verticale. Lévitation s’appuyant sur les champs magnétiques ? Rosso a quelque chose comme ça ? Peut-être acheté à Blu. De ce que j’ai vu jusque là, faut avouer que cette bande de petites larves sous-marines sait quand même bien compenser niveau technologie, et pour le coup ça m’arrange, puisque ça va bientôt être pour moi.

Le pilote descend tranquillement et pose son casque sur la caisse, avant de s’apprêter à descendre. Mais son visage exprime soudain un énorme doute et il se fige, avant de retourner doucement la tête vers la caisse, et ho putain j’aurais payé pour voir ça. La tête de « Ho putain je vais teeeellement me faire enculer » qu’il fait en constatant la disparition des pierres –il doit probablement penser qu’elles sont tombées- , avec les mains jointes sur sa bouche et les yeux grand écarquillés , c’est digne d’un tableau dans un musée.

« Hé, ça va Pars ? T’es tout pâle. »

C’est le motard de tout à l’heure.

« Oui oui c’est rien. Je… J’ai juste besoin d’aller boire un peu. »

Et il descend du train à vitesse de marche humaine qui, quelques secondes après, s’arrête enfin totalement. Je soulève un peu mieux la bâche pour regarder devant : j’y vois un des Rossois qui sort de sa carlingue, un colosse à la peau grise et aux yeux amande, le sommet du crâne recouvert d’une carapace épaisse qui se poursuit sur les joues comme de massives rouflaquettes. Ses épaulettes à peine nécessaires confirment l’hypothèse que c’est lui le boss de la bande. Face à lui s’approche une femme bluienne, aux traits secs et nobles sous ses longs cheveux bruns coiffés d’un béret. Vachement grande pour une femme, et avec des épaules larges qui rendraient jaloux plus d’un homme, mais tout de même très belle et irradiante de force dans chaque ligne de son visage, et son bras droit est remplacé par une prothèse robotique épaisse comme un tronc. Les deux colosses se font face, se regardant solennellement et durement en effectuant un salut militaire. Puis, le petit rituel passé, le Rossois se fendit d’un grand :

« Dame Gweldrin, vous êtes plus radieuse à chacune de nos rencontres ! »

La Bluienne se retint de sourire en se pinçant les lèvres.

« Janissir, voyons… Restons professionnels en de telles circonstances.

-Et votre attachement sévère à la discipline Bluienne vous rend plus charmante encore. Mais ma foi, vous avez raison. Causons donc affaires avec vos commerçants, j’ai ici les rapports des récentes extractions. »







C’est alors que je remarque un bruit de grattement à l’intérieur de wagon. Je regarde pour voir ce que c’est : tout ce que je peux voir, c’est une des caisses en métal, cabossée, avec un début de trou, et quelque chose qui s’agite à l’intérieur. Je redescends pour regarder ce que c’est, laissant une légère ouverture dans la bâche pour ne pas m’enfermer, poussée par ma curiosité. Me penchant pour voir dans la semi-obscurité, j’aperçois ce qui semble être un bec, et tout à coup, par surprise, l’animal colla son œil devant le trou. Il me regarde dans les yeux, et il…
…commence…
…à pousser des petits cri aigus.

« Shh shh shh putain ferme ta gueule » que je lui chuchotte.

Mais il ne s’arrête pas. Il continue à geindre le con. Putain je peux pas le laisser faire comme ça, il va me faire griller ! Je commence à déplacer les caisses, et putain c’est lourd quand on n’a pas de place pour bouger les bras. J’arrive à dégager celle que je veux, une avec écrit « Fer n°219 » à la peinture à la main sur le dessus. Je l’ouvre, et vois… Un aigle. Un simple aigle. C’est vraiment lui qui a fait ce trou dans la caisse ? Avec son bec ? C’est un putain d’acharné lui. Merde, maintenant que je vois tout ce qu’il a fait pour sortir, ça me fait presque mal au cœur de devoir lui rompre le cou…
Et il me regarde, allongé, les ailes attachées. Y’en a beaucoup des comme lui ? Et si oui, ça dure depuis combien de temps ce délire ? Qu’est-ce que des bluiens ont à voir avec ça ?

« Kyaaaaaaaa !
-Put… »

Je me jette sur lui pour étouffer son bec entre mes deux mains.
« Ferme ta gueule le piaf ! Je te libère, puis tu te démerdes, mais ferme-là ! »
C’est presque comme s’il m’avait comprise car il se tait aussitôt. Soit, parfait… Je sors mon couteau de ma botte et tranche ses liens d’un coup, tout en gardant son bec au cas-où dans la main gauche – étrange d’ailleurs que son bec soit aussi chaud. Il se tient tranquille, agite seulement ses ailes un peu pour les dégourdir. Alors doucement, je retire ma main de son bec, et…

« KYAAAAAAAAAAA ! »

En poussant un cri plus fort encore que tous les autres il saute de caisse en caisse puis s’envole par l’ouverture.
Dehors je peux entendre la voix de Jannissir, le chef des Rossois.

« Hé, c’était quoi ça ? »

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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Mer 25 Oct - 19:12

NATURELLE


Le Rossois s’approche à marche rapide. Merde merde merde, faut s’planquer… Il grimpe sur le marchepieds qui fait le tour du wagon, détache la bâche, et l’écarte d’un large geste afin de pouvoir voir l’intérieur, constatant avec stupéfaction tout un tas de caisses renversées et une ouverte et défoncée.
Moi, je suis dans son dos, marchant au loin comme si de rien n’était. Naturelle, je dois être naturelle, je suis la femme dont la présence ici est si naturellement naturelle que la nature de ses intentions n’est même pas une question. Je passe entre les soldats qui venaient décharger les marchandises et m’enfonce entre les préfabriqués du camp pour échapper à la vue des rossois.

En passant rapidement, je peux voir un des Rossois en compagnie d’un bluien : après avoir vérifié être bien hors de vue de leurs chefs respectifs, le bluien donne une bourse à son acolyte. Certaines choses s’expliquent, notamment le contenu de certaines caisses, petits cachotiers…

Bon résumons. Je suis au milieu d’un camp militaire bluien, et je risque pas de passer pour l’une d’entre eux. Mais je passe probablement pour une rossoise du convoi de marchandises, ce qui me sauve. Par contre, ça ne trompe que les bluiens, si un rossois me voit, je serai grillée, ils ne sont pas nombreux et doivent se connaître les uns les autres, j’ai déjà eu beaucoup de chance de réussir à m’éloigner tranquillement. Le problème, c’est que je dois retourner de leur côté, ils ont ce que je veux, l’avion ; et y’a l’autre con de voleur qui m’a chouravé huit des pierres énergétiques sur dix pour le faire tourner.  

« Mademoiselle ! »


Mais donc oui, tout bêtement, ce qu’il me faut pour retourner là-bas sans me faire interpeller direct, c’est simplement de passer pour une…

« Ho mademoiselle la charbonnée ? La rossoise ? Vous n’avez pas le droit d’aller dans ce secteur ! »

La charbonnée ? Attends une minute… J’avais presque oublié que j’étais recouverte de suie à cause de cette foutue locomotive. Je me retourne sur ma gauche pour voir un groupe de soldates, en uniforme simple de vie au camp : des bottes en cuir, un pantalon noir, un t-shirt blanc, et un gilet bleu marine pour certaines. Elle sont occupées à des corvées de cuisine, celle qui m’a interpellée continue même d’éplucher machinalement ses légumes roses en même temps qu’elle me regarde.

« Ho excusez-moi… On a eu un petit souci en route, je cherchais seulement les douches pour me nettoyer à l’eau claire.
-Ho, au temps pour moi. qu’elle me répond d’air air plus décontracté, malgré les cernes colossales qui soulignent ses yeux. C’est par là-bas un peu plus loin, après le troisième bâtiment là c’est sur la gauche, derrière deux arbres, pas possible de le louper. »

Elle me pointe la direction du doigt de sa main gauche, qui tient le légume, mais pendant ce temps, sa main droite continue d’éplucher dans le vide.

« Ho, merci… Et… Y’en a pas une qui veut venir m’aider ? »

Cette allusion arrache aussitôt un sourire à toutes celles qui m’écoutent, qui se retournent toutes en même temps vers une même soldate, une blonde en train de frotter un gros wok en fonte. Celle-ci a l’air d’hésiter, mais une de ses camarades lui lance :

« C’est bon, vas-y, on te couvre. »


Ce à quoi elle répondit simplement de la fameuse moue faciale qui veut dire « Ah mais ok, moi ça me va MAIS A 100% pas de soucis » avec les main levées au niveau de ses épaules. Je n’attends pas une seconde et pars devant. Mademoiselle la cernée avait raison, j’ai trouvé le bâtiment facilement ; je m’engouffre dedans, prends une cabine au hasard, et suis bientôt suivie par la blonde qui referme la porte derrière elle.

« Ce doit être le meilleur moyen de se faire la guerre, me lance-t-elle en murmurant.
-Mieux que le SoftBall, je lui réponds en m’accroupissant pour délasser ses bottes. Donne-moi donc tes vêtements en guise de trophée de guerre. »

Elle se contente d’un petit rire, et l’ayant déchaussée d’une botte, je me relève pour regarder cette chaussure. Du matériel militaire, ma foi de très bonne qualité, renforcées de métal, dans le genre peu confortables mais bien efficaces et qui tiennent à vie. Je crois que je vais les garder à long terme celles-là.  
Je me retourne vers la blonde qui me regarde en cherchant à comprendre pourquoi je fixe sa botte comme ça... ce que j’éclaircis d’un simple coup violent  avec sa propre botte à l’en faire tomber à genoux. Un dernier coup dans la nuque pour finir de l’assommer et on est bons.






Cinq minutes plus tard me voilà sortie du vestiaire toute bien parée de mon uniforme bluien et débarbouillée à la va-vite. Coup de chance, la mignonne petite blonde fait grosso-modo la même taille que moi, bon du coup c’est un peu serré vu que j’ai directement enfilé l’uniforme sur mes vêtements, mais personne n’y prêtera attention.

Bon hey bien tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Maintenant, si je prends un air naturel encore une fois et retourne au train en évitant de recroiser le groupe de tout à l’heure, je pourrai au moins faire croire que je suis là pour décharger et m’ approcher de  l’avion suffisamment longtemps pour trouver comment utiliser les pierres dessus et me casser loin d’ici.  Bon je n’en ai que deux… Mais si ça se trouve l’autre con s’est déjà barré, et j’ai pas le temps de le chercher, donc on fait avec, j’en volerai d’autres.
Voilà, j’ai retrouvé le train, je le vois au bout de l’allée…

« Soldat Carlia ! »

La voix vient d’un homme qui vient de s’interposer sur mon chemin. Soldat Carlia ? Comment connait-on mon…
Ho…
Celui qui m’a interpellé est tout en tenue bien repassée d’officier bluien, avec blason et béret.  Mais sous son couvre-chef se trouve un visage à la peau noire et aux cheveux coupés court, encadrant deux yeux verts qui lançaient un regard presque blasé. Mais ça n’explique pas comment il connait mon nom ?
Il baisse le regard vers un document holographique tenu par la tige métallique qui sert de support physique, avant de continuer :

« Je ne vous trouve pas dans les registres. Doit-on aller régler ce problème avec la hiérarchie ? »

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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Mer 25 Oct - 22:17

Coincée





On reste ainsi, face à face, en plein milieu de l’allée. Il ne parle pas trop fort et le soleil de l’aube étant encore timide, il n’y a pas tant de monde autour de nous pour écouter ce que l’on dit, à part des soldats en excercice ou de corvée trop occupés pour y prêter attention.

« Ainsi donc, tu étais bluien toi ? je lui réponds plutôt. Je t’avoue j’ai du mal à comprendre. Tu cherches à provoquer une guerre ou quoi ?

-Ah non mais non, je suis comme toi dans cette affaire. Un criminel déguisé.

-Doit-on aller régler ce problème avec la hiérarchie ?

-Eeeet… C’est là que la grande différence intervient. Si on va voir des officiers, tu seras grillée instantanément… Mais pas moi.

-Je serais bien curieuse de voir un tel charisme en action, rétorquai-je en me tenant un peu plus en arrière et croisant les bras. Un tel niveau de bluff, ouh ! Tu devrais te lancer dans la politique. »

Alors que je parle calmement mon cerveau tourne à mille à l’heure pour imaginer toutes les idées possibles sur la meilleure manière de lui casser la gueule discrètement et récupérer mes pierres.

« Dis-moi, reprend-il, à quel moment as-tu eu l’idée de te déguiser en soldat ? Il y a dix minutes ? Quinze ? Et tu crois que tes vêtements de base sont discrets sous cet uniforme ? »

Je ne réponds pas.

« Moi, j’ai envisagé cette possibilité depuis deux semaines. Je savais que je ne pouvais infiltrer le train que très près de son point d’arrivée ; par précaution, au cas où je n’aie pas le temps de descendre avant l’entrée dans la base, j’ai fait jouer mes relations et mes contacts pour que des administrateurs de l’armée créent un faux officier fantôme avec un nom, un grade, et un rôle dans ce camp, une identité que je n’avais plus qu’à enrôler après avoir récupéré un uniforme donné en mains propres par un soldat. Et si le besoin ne se présentait pas, ils l’auraient effacé des registres au bout d’une heure. Je pourrais simplement marcher vers le portail, présenter mon badge, et sortir, et il serait impossible de remonter jusqu’à moi, à moins qu’un type arrive par miracle à comprendre que l’officier qu’ils ont vu était un voleur et ne réussissent à dresser un portrait-robot de moi.

-Tu parles toujours autant ? Je te préférais sur le train. »

La vérité, c’est qu’il commence à m’inquiéter. Ce qu’il dit n’est pas déconnant du tout : dans un contexte aussi instable et mouvant que celui-ci, la corruption est inévitable, simplement car elle est facile. Je préfère pas tenter quoi que ce soit tant que j’en ai pas le cœur net ; si je m’en prends à lui et qu’il dit vrai, je suis foutue.

«Ecoute, répond-il en se frottant les yeux, prends ce que je te dis comme un remerciement. Si tu l’avais voulu, tu aurais pu me tuer, tu n’avais qu’à me lâcher quand tu me tenais au-dessus du sol puis venir récupérer les pierres sur mon cadavre, et tu possèdes un poignard dans ta botte droite, que je n’ai vu qu’à la fin parce que tu ne l’as pas utilisé. Tu ne tues pas dès la première occasion si ce n’est pas nécessaire,  et c’est pourquoi je te rends la pareille en te laissant en vie au lieu de te faire abattre par un ami dès la première occasion – et c’est aussi pourquoi je prends le temps de te dire tout ça.

Car le truc, c’est que je veux que tu arrêtes de faire autant de merde. Tu ne prépares rien, tu ne penses à rien ; pendant que certains ont des plans de secours couvrant toutes les lettres de l’alphabet et des sous-plans pour chacun de ces plans, toi tu débarques comme une touriste et tu improvises tout. Reconvertis-toi dans l’armée ! Tu veux que je te dise ? Le monde du crime,  c’est fait pour ceux qui savent calculer, pour ceux qui savent économiser toute prise de risque au maximum, c’est un grand échiquier froid car le risque est omniprésent. Les tripes ne servent à rien ! Elles sont un poids. La prudence, extrême, c’est ça qui transforme une chair à canon en maître du vol.
»

Je serre de plus en plus les dents à mesure qu’il parle. Non seulement il me fait l’insulte la plus longue que j’aie jamais entendue, mais en plus, j’ai horreur qu’on m’analyse.

« Tu crois qu’on n’en voit pas à la pelle des comme toi ? Des sanguins, des brigands de grand chemin impétueux, qui croient qu’ils vont faire plier le monde sous leur impulsivité et leur hargne ? Et vous foutez la merde, encore et toujours, à faire capoter des plans parce que vous arrivez comme des cheveux sur la soupe dans toute votre incompétence. Regarde un peu, tu dois te demander comment je connais ton nom ? J’ai envoyé une photo de toi à un ami, en passant des coups de fil à travers Giallo il a pu retrouver des témoignages de types auxquels t’as parlé. Ca a pris cinq minutes, un record. Visible et prévisible autant que faire se peut.

-Fallait te faire un quatre-vingt-quatorzième plan pour moi, dans tout ta Ô-combien talentueuse méticulosité. Mais à quoi tu t’attends ? A ce que j’arrête tout juste pour te faire plaisir, pour que tes plans ne capotent plus ? Je croyais que c’était un métier froid et calculateur, pourquoi tu laisses courir le risque que je suis ? »

Okay là j’avoue je le provoque au hasard juste pour tenter de lui faire commettre une erreur mais je sais même pas si ça a des chances de marcher ni même comment. Putain je lui donne raison et je déteste ça… Mais c’est ma seule chance : il me tient, je suis verrouillée, avec son identité fantôme à la con c’est lui qui a le pouvoir ici, seule une erreur de sa part pourrait me donner une échappatoire. Cette chance s’est brisée en morceaux lorsqu’il m’a répondu.

« Ecoute, je pense que tu y réfléchiras à deux fois après être sortie. Ne tente rien, tu sais qu’un mot de ma part et tu es grillée quoi qu’il arrive avec toute une Légion pour te tomber dessus, et je m’envolerai en un instant en ayant même la possibilité de récupérer tes pierres. Tu ne peux rien faire, tu n’as pas d’option, tenter quoi que ce soit ne fera que t'enfoncer encore plus profondément.
Oui parfois je prends des risques, commets des erreurs et connais des échecs, je ne suis pas parfait. Mais moi j’étends mes ressources à leur maximum, et c’est pour ça qu’au final on se retrouve là, comme ça, à parler en ce moment même, moment où moi je gagne, et toi tu perds.
Car tu vas à la case prison ; tu auras tout ton temps pour méditer sur tout ça dans les sous-sols de Waterfall.
»

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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Jeu 26 Oct - 17:48


Cours





« A un ennemi encerclé, vous devez laisser une voie de sortie. Si, réduits au désespoir, ils viennent pour vaincre ou pour périr, évitez leur rencontre. »

-Sun Tzu, « L’Art de la Guerre », Article VII








La prison ?
Les sous-sols de Waterfall ?
J’ai passé toute ma vie enfermée dans des mines sans jamais voir le ciel, sans jamais goûter à rien d’autre que du travail forcé et une oppression violente. J’y suis née, j’y ai grandi, j’y ai souffert.  Tout ce temps alors que je ne savais même pas ce que c’était que la réelle liberté, la simple idée de cette théorie folle, la simple pensée de cette légende des contes, me faisait haïr tous les plans de mon existence, enfermée là-dessous sous la roche et les coups je me noyais dans une mer amère et douloureuse.
J’aurais affronté la mort face à ce type. Mais la simple idée qu’il me jette de nouveau au fond du gouffre noir, qu’il me renvoie d’où je viens dans les abysses infernales, et que je me trouve déjà debout avec les talons au-dessus du précipice, j’en ai les larmes qui montent aux yeux et le visage distordu et crispé de rage, de rage en partie contre moi-même pour être suffisamment conne pour ne pas avoir pensé avant que ça pouvait arriver, pour ne même pas y avoir réfléchi.

Non.

Non je n’y retournerai pas.
Plutôt mourir.
Je plonge ma main droite dans ma poche et la ressors avec un mouvement de poignet vers le haut pour lancer un couteau vers mon ennemi sans nom. Couteau qu’il esquive aussitôt d’un pas sur ma gauche. Mais je suis déjà sur lui. Le couteau que j’ai jeté n’était que le couteau de cuisine que la blonde avait laissé dans sa poche. Il n’a pas le temps de se reprendre après son esquive, et maintenant, il n’y a plus de limites, maintenant c’est le grand tout ou rien, l’entrée dans la valse de la Vie et de la Mort.

Et de ma main gauche je plante mon poignard dans son aine.

Cours.

Je ne suis rien face à toute une Légion de soldats. Je ne peux que fuir. Il faut que je bouge. Il le faut maintenant !
Avant même que le voleur ne soit tombé au sol je me mets déjà à courir. Le train… L’avion ! Je les vois là-bas au loin, la voie du salut, ma seule chance de sortir de l’antre de la bête. Je cours en ligne droite aussi vite que mes jambes ne peuvent physiquement le supporter alors que je commence à entendre des cris et des exclamations derrière moi. Ils vont réagir, ils vont tirer… Alors je tente de courir plus vite encore, mais plus je tente d’accélérer, plus j’ai l’impression de m’enliser dans l’espace et le temps. Car je ne sais pas à quel moment les balles partiront, je ne sais pas à quel moment elles toucheront. Je ne suis plus soumise qu’à la chance, elle et elle seule déterminera si je parviendrai à sortir d’ici à présent. Et les probabilités sont minces…

Cours.

Ca peut arriver à n’importe quelle seconde, à n’importe quelle foulée, la Mort qui fauche sans prévenir dans mon dos, ou pire encore, me faire capturer vivante et enfermer. La distance à parcourir semble s’allonger de plus en plus, chaque seconde semble durer une heure, la peur caressant mon dos telle une langue de fumée noire. Elle me donne envie de me retourner, de voir ce qu’ils font derrière moi, mais je perdrais du temps, je ne dois pas me retourner sur la dernière marche des Enfers. Chaque seconde, chaque foulée… J’en deviens paranoïaque de chaque petite aspérité dans la terre pouvant me faire perdre du temps…

Cours.

Cours, ce mot semble résonner en coups de marteau à l’intérieur de mon crâne, se répétant à chaque battement de cœur que je ressens dans tout mon corps.
Cours. Cours. Cours. Cours. Cours. Cours. Cours.
Cela fait combien de temps réellement que je cours ? Je ne sais même pas. L’avion semble être comme un mirage fuyant devant moi. Je ne fais plus attention à ce qu’il y a autour de moi, aux silhouettes que je croise, je ne me focalise plus que sur ce petit point devant.

J’entends des sifflements de balles précédant d’une fraction de seconde les bruits de coup de feu qui éclatent dans mon dos. Un. Deux.  Pas touchée. Cours. Tro… La douleur gifle toute ma nuque. La balle en a éraflé le côté droit. Sans m’arrêter je tiens ma plaie ensanglanté de la main et continue de courir.
Attirée par le bruit, la Générale de tout à l’heure, Gweldrin, apparait au bout de l’allée devant moi. Mon cerveau tourne en cinquième vitesse… Si je cours vers elle… Que je lui montre que je n’ai pas peur d’elle… Elle ne devrait pas automatiquement me prendre pour la criminelle dans l’histoire, et je gagnerais du temps ; et en même temps, les coups de feu se sont tus. Tout en dégainant son arme, elle me crie quelque chose, et je parviens à comprendre qu’elle me dit de se mettre derrière elle. Bingo.

Sans répondre ni même lever les yeux vers elle je la dépasse et continue de courir tout droit. J’y suis… J’y suis presque ! J’ai dépassé tous les préfabriqués, je suis dans l’allée centrale, plus que quelques dizaines de mètres jusqu’à l’arrivée ! Allez, cours, cours, cours, elle sera pas dupe longtemps…




J’atteins enfin la plateforme de l’avion et saute dessus d’une seule enjambée, avant d’enfourcher l’appareil. J’ai observé le pilote tout à l’heure, il n’y a même pas de clef ou de sécurité dessus… Et les rossois font toujours au plus simple quand ils le peuvent, les commandes sont très minimalistes, je devrais réussir à le piloter, il n’y a même pas de pédales, seulement un guidon de moto, des boutons sur le tableau de bord, et l’emplacement du slot d’énergie juste en dessous où il y a déjà une pierre. Mais… Je sais pas comment démarrer !
Tout en restant le plus possible plaquée contre la carlingue au cas où ça tire de nouveau j’appuie sur les boutons au hasard, tente de faire tourner les poignées, rien… Mes gestes sont rendus fébriles et maladroits par le stress et la pression, putain putain putain j’ai que quelques secondes moi !

« Jeune fille, veuillez descendre de là immédiatement. C’est votre dernière chance de recevoir un procès juste. »

C’est la voix de Gweldrin… Putain ! De rage et de désespoir je frappe du poing la surface de l’appareil… qui monte alors brusquement à la verticale à trois mètres du sol. Le moteur sous mes cuisses commence à gronder, l’hélice dans mon dos à vrombir, et je sens l’accélération de l’appareil qui s’élance en avant.


Putain la chance que j’ai… C’est passé sur le fil absolu ! Ah j’en éclate de rire à gorge déployée de cette pression qui trouve enfin une petite soupape. Mais faut que je reste concentrée, c’est encore loin, loin d’être terminé…

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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Jeu 26 Oct - 22:26


Premier envol



La carlingue fonce droit devant, en direction de la mer, à l’horizontale en accélération constante sans que je ne touche à quoi que ce soit dans les commandes...
Et wow…
Ca y est putain…
Je réalise…
Je vole !
Ahaaaaaaaa putain je vole !
Je file au-dessus de la mer telle une flèche fendant les airs, le souffle du vent faisant battre mes cheveux et celui de l’hélice traçant un sillage de vagues sur l’étendue bleue. Je vole !  Fini d’être enfermée sur le plancher des vaches, à présent je peux M’ELEVER !

« YAAAAAAAA-HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »

Je suis passée si près de la chute dans le gouffre que j’en ai encore les mains qui tremblent... Toute cette pression, ce risque immense, mais ça en aura valu le coup, j’arrive presque à en oublier ce à quoi je viens d’échapper – presque entièrement par chance. C’était si juste, vraiment si juste… Je suis toujours en train de digérer tout ce qui vient de se passer. Car même si je ne lui aurais jamais avoué en face, et même si j’ai du mal à l’admettre moi-même… je le sais, au fond, que le fils de pute qui m’a enfoncé dans cette merde avait raison : j’ai pensé à rien. J’improvisais tout. Je jouais avec la chance. Et n’ai même pas songé aux conséquences… Mais putain… Malgré la frayeur que j’ai eue… Maintenant que tout a marché… Ce n’en est qu’encore plus grisant !




Un tir puissant retentit dans mon dos, et un deuxième, des balles sifflent mais avec une piètre précision, l’une d’elles s’enfonçant dans l’eau dans une légère éclaboussure. Forcément, je peux pas prétendre être surprise…


Je me retourne pour regarder ce à quoi j’ai affaire, et… C’est un seul homme, volant sans le moindre appareil, laissant derrière lui une trainée de lumière bleue turquoise apparaissant au niveau de ses pieds. Et il faut que je me frotte à de la magie maintenant… Tout en volant il tient en mains ce qui semble être un fusil de précision, mais dans de telles conditions il aura du mal à bien me viser. Sauf qu’il se rapproche dangereusement vite…

Okay alors les commandes… Je prends les deux poignées en main, et tente de simplement tourner comme sur une moto – sans succès, elles sont fixes sur cet axe. Mais je sens qu’elles pivotent sur elles-mêmes, c’est pour accélérer ? Je tente le coup et les tourne pleins gaz vers moi.
Je n’accélère pas.
Par contre je viens de redresser le nez vers le haut dans un arc de cercle plus serré que je ne l’aurais pensé physiquement possible. Donc les poignées font l’inclinaison… Je garde mon sang-froid et les retourne dans l’autre sens pour éviter d’aller jusqu’à me retourner totalement, ce qui marche de manière absolument soyeuse. Puis je tente de légèrement redresser seulement le droit et rabattre le gauche… ce qui me fait pivoter sur la droite. Les deux ailes sont donc autonomes, je vois. Maintenant on redresse les deux à la fois, remontant le nez mais de manière inclinée, ça y est je peux tourner ! Trop facile. J’aime déjà l’ingénierie rossoise, ça se prend pas la tête.

L’homme volant apparait en face de moi, droit et fixe. Il me tient en joue une brève poignée de secondes et tire… Ce que j’esquive en tournant vers le haut, mais trop tard. Une balle s’est logée dans mon épaule gauche !

« Putain sa race ! Ça fait mal ! »

Je parviens à peu près à me stabiliser. Pourquoi y’a pas d’arme sur cette engin ? Et en prime j’ai pas le temps de soigner ça, faut que je me casse d’ici. Mais où ? Que je retourne à la terre pour le semer entre les arbres ? Il a beaucoup plus de maniabilité que moi et ne me laisserait même pas le temps d’atterrir… Mais quitte à rien tenter, autant tenter ça.

Je regarde derrière pour surveiller mon poursuivant et OUAH D’OU IL SORT CET OBUS ?  Le missile massif de bien deux mètres de long qui sort de nulle part, qui vient même pas de la terre, il vient du côté de la mer. Je vois le soldat bluien l’esquiver de justesse, il a l’air au moins aussi surpris que moi, et je dois faire de même. Ooooh la pirouette improvisée, chiennerie je suis même pas sanglée ! J’ai pas eu le temps d’attacher cette sécurité qui pend mollement sur les côtés.
Mais ça passe, maintenant pleins gaz vers la côte, et je sais toujours pas comment on accélère. Les seules autres commandes directement à portée de main que je vois, c’est des poignées de freins… Et le bluien, toujours plus rapide, est encore apparu devant moi. Ho le…

Une langue de flammes tranche les airs et fauche mon ennemi de plein fouet. Je l’entends d’ici pousser un hurlement de douleur en jetant son fusil pour tenter de se déshabiller, mais ses gestes deviennent lents, ses muscles commencent déjà à subir les effets de la brûlure au plus haut degré. Dans un dernier geste de désespoir il se retourne vers le bas et fonce le plus vite possible vers la surface de la mer : je le vois tenter de ralentir au dernier moment mais le choc fut quand même violent. Un peu de fumée mêlée de vapeur s’échappe, mais il ne remonte pas à la surface, c’en est fini pour lui. Je ne ressens pas de joie particulière à sa mort, mais c’est le jeu, j’y ai joué, il y a joué, il connaissait les risques et il les a maintenant subis, c’est un guerrier après tout…
Mais j’aimerais comprendre d’où viennent ces flammes en premier lieu.

« Kyaaaaaaaaa ! »

L’aigle ! Le bon de dieu d’aigle ! Il se met à voler à côté de moi, de la fumée s’échappant encore de son bec… Bon sang, j’ai sauvé un aigle dragon… Mais c’est l’animal le plus génial que je n’ai jamais vu!

« KyaaaAHAHAHA! Merci l’ami!»

Je lui répondais du fond du cœur en éclatant de rire.
Il me jette un coup d’œil complice et repart de son côté. Je le vois disparaître au loin, ne devenant qu’un petit point au-dessus des étendues terrestres arides. Un aigle dragon putain…

Mais à présent faut arrêter les conneries et se poser un peu. Maintenant que j’ai la possibilité d’être un peu au calme, je vais pouvoir avoir le temps de penser plus clairement. Ca fait combien de temps que je tombe de problème en problème sans avoir le temps de poser ma tête ? Je n’ai fait qu’agir, presque sans réfléchir, et aussi grisant que ce soit, j’ai besoin de faire le point, et surtout de trouver comment changer les pierres énergétiques sur la sécurité du sol.
Et aussi régler le léger détail de mes plaies.
Donc, plus qu’à atterrir.
Ça devrait être facile.

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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Ven 27 Oct - 20:21


Tu veux que je te dise?


C’était pas si facile.

J’ai fini de tester les commandes de base dans le processus : donc en fait, sur les deux poignées de frein, seule la gauche sert réellement à ralentir l’hélice, la droite sert à accélérer. Jusque-là ça va, mais pour atterrir, il faut se placer en lévitation avec le petit moteur à champs magnétiques machin qui peut seulement soulever l’appareil à deux ou trois mètres, et faire les atterrissages et décollages en douceur, comme j’ai observé l’ancien propriétaire de l’engin le faire. Problème : il faut quand même réussir à briser son inertie, et ça, c’est coton au possible. Je ferai des tests pour comprendre comment faire et m’entraîner, j’ai déjà une petite idée, mais là… Je suis juste trop mal en point. Et fatiguée. J’ai déjà perdu beaucoup de sang, et mon « atterrissage » dynamique n’a pas aidé…
Je ne me suis même pas relevée et ai commencé à panser ma plaie à l’épaule droite, pendant l’action j’ai pu ignorer la douleur et la fatigue engendrée par la perte de sang grâce à l’adrénaline, mais maintenant je suis en train de douiller. Pas le temps ni les moyens de déloger la balle pour le moment, je préfère la laisser dedans et la retirer plus tard, une fois en sécurité et avec de quoi le faire proprement. J’ai simplement déchiré le t-shirt blanc de l’uniforme de l’armée et commencé à la nouer, et pour la blessure à la nuque, elle est relativement légère et a déjà pas mal coagulé.



J’ai à peine fini de nouer le bandage et de remettre le blouson de l’uniforme de camp par-dessus mon pull, qu’un homme en jetpack arrive par le ciel pour se poser à trente mètres de moi, ni une ni deux je saute sur mes pieds et dégaine mon couteau de combat en position défensive. Je suis à peine surprise de voir qui c’est : avec de la chance et des soins rapides il n’est pas impossible de survivre à une blessure à l’aine. Mais malgré sa peau noire il a presque l’air pâle, il a dû perdre beaucoup de sang.
Et il se tient comme ça, droit, à me regarder avec les yeux à la fois blasés, sévères et calmes, dans sa main droite apparaissant une arme de poing. Je me détends et prends une position plus décontractée. L’avion, renversé, dans mon dos, git sur un tapis d’humus sec, et autour de nous, la végétation verte mais sèche et aiguilleuse nous couvre en partie du soleil ; je me trouve légèrement en aval sur la pente par rapport à lui.

« Tu me foutras jamais la paix ?

-Le facteur risque que tu représentes est devenu beaucoup trop haut. Je t’ai laissé une chance, en gage de remerciement, mais tu l’as refusée. Tu me pardonneras, mais je suis également extrêmement curieux de nature : tu t’es démenée comme une démone et j’ai perçu de la panique dans ton regard, comme si tu risquais les mille tourments des enfers, ce qui m’intrigue. Pourquoi ?

-Et tu ne te tais jamais non plus. »

Il pousse un soupir de résignation.

« Tu n’aimes vraiment pas réfléchir, l’uniforme te va plutôt bien. Tu aurais fait une bonne garde du corps à certains parrains de la pègre, mais maintenant on a suffisamment perdu de temps. Allez bye. »

Il leva simplement son flingue vers moi, et d’ici, à trente mètres de lui, tout ce que je fais, c’est sourire face au canon.
Sourire parce que ce con ne sait même pas déverrouiller la sécurité de son arme. Clic.
Je prends quelques secondes pour savourer la tête énervée et exaspérée qu’il a fait en voyant que le tir ne marchait pas, puis je lâche mon couteau au sol et me mets à marcher vers lui en le regardant dans les yeux. Son arrogance à toute épreuve va bientôt s’effondrer ; non pas que je sois étrangère à ce sentiment moi-même, mais je veux briser le sien par égoïsme, non pas par morale. Alors que je monte la pente qui me sépare de lui il a jeté son arme de poing derrière lui et me fait maintenant face avec un petit poignard.

Sans un mot l’engagement commence. Il se tient en position défensive alors que je fais un grand pas en avant pour tester ses gestes, ce à quoi il répond en reculant par légers saut pour me garder à distance. On répète ce petit jeu quelques fois, de manière régulière, puis je fonce en avant avec beaucoup plus d’élan pour lui coller une gauche dans la mâchoire, alors que je tente de ménager mon bras droit. Il est pris de court et n’a pas le temps de refermer l’ouverture béante qu’il laissait dans sa garde, et se faire sonner l’empêche de riposter de son poignard.
Mais il recule aussitôt et se remet en garde. Je me rapproche, toujours sans un mot, feins une avancée… Et trébuche alors qu’une pierre roule sous mon pied! Merde je me retrouve presque à quatre pattes, je me retrouve vachement exposée… Mais il reste sur la défensive. Je vois son regard hésitant, il a eu comme une petite impulsion en avant qu'il a contenue, et il n’a pas sauté sur l’occasion. Je me permets un léger sourire avant de revenir à la charge…
Je recommence le petit jeu, cette fois-ci en envoyant mon pied dans son ventre. Je ne le laisse pas se reprendre, je continue à avancer agressivement, et voilà, juste comme ça, c'est déjà joué, emballé c’est plié, cette seconde lutte fut plus simple que prévu. Je lui enfonce mon genou dans le ventre, puis alors qu’il est plié en deux ramasse une pierre et lui fracasse sur la tempe. Il tombe à terre, tente de ramper en grognant, mais j’ai entendu la fracture crâniale…

Je m’accroupis près de toi, cher ennemi sans nom.

« En effet ouaip, je me prends rarement la tête pour grand-chose. Tu trouves ça stupide ? C’est juste que j’ai d’autres priorités que ton professionnalisme monotone. C’est ma manière de vivre et je ne la lâcherai pas pour tes jolis yeux verts. »

Il a cessé de tenter de ramper et se contente de me regarder avec rage, agonisant sur le dos, et la tête seulement relevée. Je m'approche alors un peu plus pour commencer à le fouiller pour ses pierres ; il ne réagit pas.

« Tu veux que je te dise ?
Une fois que le combat est engagé, les nombres ne valent rien.  Les calculs minutieux ne valent rien. Dans une mêlée, les seuls hommes valables sont ceux décidés à y passer s’il le faut ; pour survivre, il faut être prêt à mourir. Et c’est pour ça qu’on se retrouve là, en ce moment même, moment où moi je gagne, et toi tu perds.
»

Toute cette rencontre s'est déroulée presque calmement, chacun de nous deux étant à bouts de forces et presque blasés dans notre colère. Je me relève et retourne à mes affaires en le laissant en plan, j’ai beaucoup de choses à faire aujourd’hui.

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Danielane Carlia
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MessageSujet: Re: Voler pour voler   Ven 27 Oct - 23:53


Crinière



«...trente-cinq, trente-six, trente-sept... »

Métal chaud irritant la peau rougie de doigts contractés. Membres criant, faisant comprendre leur douleur. Soleil brûlant, et surtout, une épaule droite, encore et toujours plus à l'agonie.

«...trente-neuf, quarante... »

Mais j’en ai toujours pas grand-chose à foutre. Parce que peu importe ma force, l’Univers aura toujours de la grosse artillerie à m’envoyer à la gueule ; peu importe à quelle hauteur je vole, il y aura toujours quelqu’un ou quelque chose pour venir me casser les genoux. Quels étaient les risques la dernière fois? Quelles étaient mes chances ? J’ai gagné, j’ai réussi ; mais c’était en partie, trop grande partie, de la chance. Et ça, encore, ça passe moyen dans la gorge. Tout est passé à un cheveu de chauve, si près que j’ai encore du mal à réaliser… Dans mon monde d’origine, le chef de gang qui m’avait appris à me battre quand j’avais douze ans, m’a sorti une simple phrase au début : « Tu commences avec un sac de chance et un sac de compétence. Tu dois remplir ton sac de compétence le plus vite possible, avant que celui de chance ne se vide. », et tout ce temps je m’étais simplement dit « Ouais, il a raison, c’est pas con »… Mais je n’avais jamais réellement réalisé pleinement le concept jusqu’à maintenant. Dans les mines, nous n’étions qu’une bande de jeunes voyous, même quand ça tournait en bains de sang j’arrivais à être au niveau et m’imposer comme une grosse constante dans l’équation. Mais ici, dans ce monde, je me suis frotté à des forces d’une tout autre envergure, des forces qui me dépassaient totalement, j’étais comme une chatte qui débarque au milieu d’un duel de lions.

« ...quarante-cinq, aah, quarante- six... »

C’est pour ça que ma crinière doit pousser, c’est pour ça que mes griffes doivent s’aiguiser. Yeux-Verts a raison, je me suis attendu à ce que par la simple force de ma volonté je puisse faire ployer le monde sur ses genoux, et j’avais tort. Ce que j’obtiendrai par la force de ma volonté, c’est la force, les ressources et les moyens de faire plier le monde sur ses genoux – et non pas directement la victoire. Je vais devoir passer du temps à suer, à me renforcer, à grandir et m’élever, et ce ne sera jamais assez, ce n’est pas un objectif précis et fini avec une petite médaille au bout, c’est un objectif continu et constant. Par contre son obsession de la prudence constante à la limite de la manie, au diable, je veux bien étendre mes ressources et améliorer mes chances, mais je vais pas tout faire et me plier pour ce calcul constant et presque paranoïaque.
Et en second lieu, il me faut des contacts, des relations. Je ne me mettrai au service d’aucun patron ni d’aucune bande, mais des relations de bénéfices mutuels seraient parfaitement dans mes cordes. Je pourrai obtenir des informations, des plans, voire à la limite de l’aide physique de temps en temps ; en échange, ce que je pourrai offrir, ce sera tout simplement casser des gueules pour eux, je suis bonne à ça. Et puis j’ai l’habitude que mon air innocent de nature me permette de me fondre dans le décor facilement.

Merci Yeux-Verts, tu as réussi, tu m’a poussée à ne plus faire autant de merde qu’avant. Dommage que tu aies été un immense sac à merde et que tu aies dû mourir dans le processus…

« …cinquante ! »


D’une dernière tirée sur mes bras je remonte sur l’avion qui lévite à deux mètres au-dessus de l’eau. Bon ça utilise beaucoup d’énergie, mais j’aime beaucoup voler au-dessus de la mer, sans savoir pourquoi – et de toute façon, les pierres durent plus longtemps que je ne le pensais, une semaine que l’opération s’est terminée et je n’ai même pas encore eu besoin de changer de pile. Par contre je sais même pas s’il y a la moindre alerte pour prévenir quand c’est nécéssaire… Je me vois déjà bien tomber en panne en vol et devoir changer à l’improviste.
On enfourche la carlingue, attache la sangle, un petit coup sur l’accélérateur et c’est parti ma grande ! Je me lasserai probablement jamais de cette vibration de moteur sous les cuisses et encore moins de cette sensation d’accélération. On redresse, et waaaaaaaaa, grand cercle retourné, puis quelques pirouettes latérales à gauche à droite, hey, je deviens bonne…
Je me remets à filer droit, mais pivote petit à petit pour me retourner à l’envers, à la limite de la surface de la mer, l’avion n’est pas fait pour voler comme ça mais j’arrive à maintenir un équilibre mince en penchant vers l’avant, soit le haut, et en allant suffisamment vite. Je lâche les deux mains et les laisse traîner dans l’eau avec la pointe de mes cheveux, fermant les yeux pour savourer la simple sensation physique.

J’ai l’impression d’être comme une gosse et son jouet avec et avion. Ou une gosse qui joue à faire l’oiseau. Yaha, je suis une aigle-dragon ! Putain j’ai toujours des étoiles pleins les yeux de ce bestiau. Je l’ai revu de temps en temps, il reste pas si loin de moi alors que j’ai vachement bougé, j’ai même vu de loin une bande d’oiseaux migrateurs s’amassant pour l’automne se faire à moitié massacrer par des grands arcs de flammes. S’il veut rester avec moi, il peut arrêter de faire monsieur le fier et simplement venir aussi… Pas que je m’en plaindrais pour être honnête. Il est juste trop cool.


Mais on arrête les conneries ! Je rouvre les yeux et me redresse et filant haut vers le ciel, même si je dois encore faire gaffe à ne pas trop monter car cet engin gère mal avec les vents de haute altitude, mais je bidouillerai bien un truc pour régler le problème. Maintenant il faut que j’aille voir du monde, les connaissances vont pas se faire toutes seules. Et de par certaines rumeurs, je sais exactement qui aller chercher et où…
Alors andiamo !

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