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 Voler pour voler

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Danielane Carlia
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Date d'inscription : 07/10/2016

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MessageSujet: Voler pour voler   Jeu 28 Sep - 1:14

Petit échauffement




"...trente-cinq, trente-six, trente-sept..."

Écorce sèche irritant la peau rougie de doigts contractés. Membres criant, faisant comprendre leur douleur. Soleil brûlant, et surtout, une épaule droite à l'agonie.

"...trente-neuf, quarante..."

Mais j'en ai pas grand chose à foutre. Marre d'attendre, de rester passive... Combien de temps? Neuf mois? Neuf mois que je suis arrivée ici, et qu'est-ce que j'ai foutu? Une expédition à Nadiria, ouaw, j'ai eu l'occasion de me casser la gueule encore plus et de pas arranger mon cas. J'étais déjà bien éclopée à l'arrivée ; apparemment, se battre pour sa liberté, et refuser d'être soumise et enfermée comme une chienne dans les mines de son propre monde à creuser toute sa vie, c'est un ticket allez-simple pour la place publique et une bonne séance de tabassage à mort - presque. J'y ai échappé que par cette putain de téléportation-je-ne-sais-quoi... C'est de la triche, on m'a fait tricher de force, putain. Et ça me LES BRISE. Ok je suis en vie c'est cool et tout, mais pas grâce à moi, et ça putain ça me frustre. Si encore je pouvais rendre la pareille pour me faire valoir... Mais non. Et je refuse d'être connue comme celle qui s'en sort uniquement si un soit-disant dieu se montre charitable.

Et après, j'ai attendu. Attendu que mes multiples fractures guérissent, que mon corps soit de nouveau capable de montrer ce qu'il a dans les tripes. Tout ce temps perdu, à poireauter comme une conne, et cette putain d'épaule qui veut pas comprendre. Ah elle fonctionne hein, mais chaque effort dessus me fait douiller bien sévèrement, et les claquements de l'articulation s'entendent à l'oreille. Une chose, je demande juste qu'une seule chose se passe correctement pour une fois. Casse les...

"...quarante-cinq, aah, quarante-hmmmm-six..."


Tant pis. Si ça continue comme ça je pourrai attendre autant que je voudrai sans rien de nouveau, alors on serre les dents, on tire son cul, et on arrête de se ramollir en position larvaire! Maintenant c'est marche ou crève, marche, court et vole, et cesse de te faire enfoncer par une saloperie d'univers qui n'en aura pas grand chose à foutre de tes petits sentiments... Alors tire pour ne plus être une putain de faible!

"...cinquante!"





Ma voix sonne rauque. Mes doigts se desserrent douloureusement pour me laissent tomber lourdement sur les pieds entre les racines de l'arbre, et je regarde mes paumes, nerveusement: elles sont de plus en plus cloquées. Bah, tant mieux après tout, elle deviendront plus résistantes. Et il doit me rester encore un peu de temps avant d'aller au casse-pipe.
Ah, soupir...
Je prends une profonde et lente respiration. Puis mes bras retombent, ballants le long du corps, me laissant découverte face au soleil de fin d'après-midi qui irradie mon visage d'une intense lumière chaude alors que le vent souffle dans mon dos ; et je me tiens là, debout, immobile, le regard au loin, la sueur s'évaporant de ma peau rougie, ou courant le long de mes membres avant de couler goutte à goutte sur la terre sèche de l'ouest giallois.
Sans détourner le regard, je lève les bras pour joindre mes mains au-dessus de la tête.

Et me laisser tomber en arrière.

La chute tête la première le long de la paroi rocheuse dure une seconde.


Et je percute l'eau froide et le choc thermique est comme un immense coup de masse à l'intérieur de mon crâne ; sillons glacés glissant sur la peau et s'emparant des jambes, cent millions de petites dents de givre mordant le cou, mordant les hanches, mordant la chair, telles une averse battante et cinglante éteignant le brasier des membres chauffés à blanc et s'infiltrant dans les pores et les veines pour que le corps se fonde en elle et que je ne fasse qu'une avec les profondeurs froides. La rivière semble comme gronder doucement au début, écho des éclaboussures et remous de mon plongeon, mais petit à petit, cet écho persiste, puis mue, prend forme et mélodie, comme... une vibration, sonore, omniprésente, qui résonne dans les os, résonne dans le visage, nuée de fils tendus entre des points inexistants, passant par mon crâne, mes entrailles, par touts les moindre petits recoins de mon corps. Bras écartés, épaules ouvertes, et cheveux flottant comme une nébuleuse brune...
Mon sourire laisse s'échapper des bulles d'air sous l'eau bleue dans ce bref moment de suspension.





Enfin, c'est pas tout ça mais j'ai besoin de respirer pour vivre aussi. On donne un coup de hanches pour se tourner vers le fond, appui sur la roche pour se retourner et hop! on se propulse vers le haut ; le bruit du vent extérieur brise cette petite bulle mentale alors que ma tête perce la surface.

"HOAAAAA-aaaah..."

Ah mes poumons revivent putain.

"Aah... Aah..."

Je retire mes cheveux mouillés de mes lèvres et les écarte de mes yeux, et me mets en position de planche, les bras écartés, le regard vers le haut.

Le bleu du ciel se dessine entre les parois serrées de ce petit canyon d'une dizaine de mètres de profondeur. Des nuages commençant à roser glissent vers l'ouest - le monde semble tourner. Je concentre mon regard sur cette voute lumineuse ; les parois de la crevasse, que le soleil n'atteint pas... m'angoissent. Ridicule, hein? La fille capable de provoquer un tigre des sables juste pour le défi, de faire toutes sortes d'acrobaties improbables qui feraient pisser de peur le commun des mortels, hey bah cette fille même, depuis qu'elle a découvert le ciel, et qu'elle a été témoin du soleil et des étoiles... la simple idée d'en être séparée la rend pathologiquement malade. Ma cervelle bloque comme une attardée, voire panique quand elle a un toit et des murs. Avoir peut d'un toit, putain je suis sérieuse... Casse les couilles. Tout est enrayé.

Soupir.

Allez ma grande, on est pas ici pour paresser, beaucoup de boulot t'attend ce soir. Je nage vers un rocher près de la paroi ouest ; j'ai pas trop dérivé, nickel, la rivière est étroite mais profonde et lente. Posée, on se cale, et je me déshabille pour mieux laver mes vêtements. Le léger vent qui parvient à aérer ici-bas fait courir un frisson glacé le long de mon dos mouillé jusqu'à la nuque, me faisant serrer les dents une seconde. Le froid commence à taper, mais pas un froid mordant et énergique ; un froid plus faible, mais plus long et passif, plus désagréable, plus pute.
Après les avoir suffisamment frotté, je pose mes habits sur la paroi pour laisser à sécher ; ça restera bien caché ici le temps que je fasse ce que j'ai à faire. Ma tenue opérationnelle, je l'ai laissée à côté de l'arbre, en haut du canyon, la plus optimale en ma possession pour les situations dangereuses. Car ce soir, je pars en guerre, ce soir, j'accomplis ma première victoire pour m'élever vers les cieux à la force de mes bras.

Je pose un pied et mes deux main dans des aspérités de la paroi.

Et tire pour ne plus être une putain de faible.

_________________




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